Les autorités iraniennes mènent une répression d’une extrême violence contre les manifestations qui se déroulent à travers le pays, recourant à la force létale contre la population. En un peu plus d’une semaine, au moins 27 manifestants et passants, parmi lesquels des enfants, ont été tués et de nombreux autres blessés, tandis que les forces de sécurité multiplient les arrestations massives. Des organisations de défense des droits humains enquêtent actuellement sur ces violences et les graves abus qui les accompagnent.
Le mouvement de protestation a débuté le 28 décembre au Grand Bazar de Téhéran avant de s’étendre rapidement à au moins 27 provinces. S’il a été déclenché par l’aggravation de la crise économique, la détérioration des conditions de vie et une corruption généralisée, les revendications portées par les manifestants sont désormais beaucoup plus larges. Elles appellent à des transformations profondes et structurelles, notamment une transition intégrale vers un système politique démocratique fondé sur le respect des droits fondamentaux et de la dignité humaine.
Ces mobilisations s’inscrivent dans la continuité d’une série de soulèvements nationaux qui ont marqué la dernière décennie contre l’ordre politique en place. À chaque fois, la réponse des autorités s’est caractérisée par une répression sanglante, rendue possible par une impunité ancrée au sein des institutions.
D’après des médias et des organisations iraniennes de défense des droits humains, les forces de sécurité ont utilisé des munitions réelles, y compris des armes de calibre militaire et des projectiles métalliques tirés au fusil de chasse, ainsi que des gaz lacrymogènes et des matraques, pour disperser des manifestants non armés. La répression s’est également traduite par des opérations violentes ciblant des lieux sensibles, comme à l’hôpital Imam Khomeini d’Ilam les 4 et 5 janvier, où des raids auraient visé à arrêter des manifestants blessés et à s’emparer des dépouilles des personnes tuées.
Une organisation indépendante, Iran Human Rights, a indiqué le 6 janvier qu’au moins 27 manifestants avaient été tués et des centaines d’autres blessés. Les autorités auraient procédé à l’arrestation de plus d’un millier de personnes, parmi lesquelles des enfants âgés d’à peine 14 ans. Des informations font également état de cas de torture et de disparitions forcées.
Comme lors des cycles précédents de contestation, les responsables politiques et religieux, y compris au sommet de l’État, cherchent à discréditer le mouvement en qualifiant les manifestants d’« émeutiers » et en promettant une répression encore plus implacable s’ils poursuivent leurs actions. Le 3 janvier, le guide suprême Ali Khamenei a ainsi déclaré qu’il était inutile de dialoguer avec ceux qu’il qualifie d’émeutiers et qu’il fallait, selon ses termes, « les remettre à leur place ».
Le droit de manifester pacifiquement et de contester publiquement les autorités constitue un droit fondamental. L’usage de la force létale en dehors de situations de menace imminente de mort ou de blessure grave, tout comme l’arrestation arbitraire de personnes exerçant leurs libertés fondamentales, viole le droit international relatif aux droits humains.
Les autorités iraniennes doivent cesser immédiatement le recours illégal à la force et libérer toutes les personnes détenues pour avoir exercé pacifiquement leurs droits. Il est urgent que les Nations unies et les gouvernements concernés mettent en place des mécanismes efficaces de responsabilisation, y compris des poursuites pénales, à l’encontre des auteurs de graves violations des droits humains et de crimes relevant du droit international.
