Médecins pourchassés : le régime iranien étouffe la vérité en criminalisant les soins aux blessés

L’arrestation de praticiens et l’enlèvement de victimes blessées mettent en évidence une tactique systématique pour effacer les traces de la violence étatique, au-delà d’une simple application de la loi.

Transformer les secours en délit pénal

Une série récente d’interpellations de médecins et de soignants dans diverses régions d’Iran expose le rôle réel des forces sécuritaires : étouffer toute preuve plutôt que protéger l’ordre public. Au cœur des protestations nationales grandissantes, les établissements hospitaliers sont devenus des extensions de l’appareil répressif, où prodiguer des soins à des civils lésés est désormais puni.

Ces mesures ne relèvent pas d’événements sporadiques ou d’initiatives isolées, mais d’une doctrine calculée pour neutraliser les témoins des exactions officielles, assurant ainsi que les actes meurtriers passent inaperçus, sans survivants pour témoigner.

Perquisitions brutales et terreur médicale

Les agents ont fouillé les résidences et cabinets de professionnels ayant traité des protestataires atteints. Nombre de ces opérations se sont déroulées avec une brutalité marquée, instillant une intimidation palpable chez les soignants : porter secours aux victimes des troubles constitue une rébellion ouverte.

Des activistes locaux ont multiplié les alertes sur la traque ciblée des équipes médicales aidant les manifestants lésés. Ces captures simultanées dans plusieurs localités trahissent une offensive répressive orchestrée depuis les échelons supérieurs.

Un épisode particulièrement troublant rapporte l’extraction d’une jeune femme grièvement blessée de son lit d’hôpital peu après une opération, alors qu’elle était encore en danger vital. De tels faits ont mué les lieux de soin en foyers d’effroi.

Sabotage des réserves sanguines et privation de secours

En parallèle, des rapports font état de blocages intentionnels sur les stocks de sang. Des entités sous contrôle étatique auraient priorisé les unités militaires, privant les hôpitaux publics de ressources vitales pour les victimes des troubles.

Cette entrave aggrave directement les risques pour les blessés des manifestations, s’intégrant à une répression globale : nier les traitements, terroriser les praticiens, et laisser l’angoisse parachever l’œuvre des armes.

Ardabil, Qazvin, Mashhad : une répression à l’échelle du pays

La découverte de soignants traitant bénévolement des protestataires a déclenché une offensive accrue.

À Ardabil, la docteure Ameneh Soleimani, responsable d’une clinique, a été appréhendée pour avoir accueilli et soigné des victimes des troubles. Au moins quatre confrères ont subi le même sort dans la ville.

Khosrow Minaei, secouriste bénévole soignant à domicile des manifestants atteints, a été capturé le 14 janvier 2026. Des oculaires décrivent des passages à tabac sévères et la dévastation de son habitation lors de la descente.

À Qazvin, le docteur Alireza Golchini a été incarcéré et accusé d’« inimitié envers Dieu » (moharebeh), chef passible de la peine capitale, illustrant l’acharnement contre les soignants.

Le docteur Farhad Nadali, enseignant à l’université des sciences médicales du Golestan, a été détenu après avoir dénoncé les tirs sur les foules ; son lieu de garde reste inconnu.

À Mashhad, Babak Pouramin, urgentiste, a été conduit à la prison de Vakilabad.

Loin de la sécurité, il s’agit d’une sanction collective contre toute compassion humaine.

Un appel fallacieux au danger

Dans un paradoxe saisissant, un haut responsable du ministère de la Santé a invité publiquement les blessés des manifestations à consulter des praticiens. Le 29 janvier 2026, un canal Telegram proche des autorités, Chand Saniyeh, a relayé ses mots : « Les lésés n’ont aucune raison de craindre et doivent gagner les centres de santé. » Il précisait que des contrôles seraient évités avec un nom d’emprunt, et que les vérifications d’identité ne serviraient qu’aux assurances, tout en alertant sur les risques d’infection dus aux délais.

Déguisés en recommandations bienveillantes, ces déclarations volent en éclats devant les faits : des années de captures, d’interrogatoires et de disparitions post-hospitalisation ont gravé chez les Iraniens une vérité amère : franchir le seuil d’un hôpital peut mener à l’incarcération, à la torture ou au peloton d’exécution.

Surveillance omniprésente et climat de suspicion

Durant les troubles, des agents ont investi les hôpitaux. Les équipes médicales opèrent sous la menace des renseignements. Des proches relatent des enquêtes lors de visites ; maints blessés ont vanished après traitement.

Dans ce contexte, inciter les lésés à « se faire soigner sans crainte » relève du mensonge pur, piégé à souhait.

L’érosion morale de la profession sous la théocratie

Cette sortie officielle scelle l’effondrement éthique de la médecine sous le régime théocratique. Quand les soins ne s’offrent qu’au prix de la ruse et de la supercherie, la perversion systémique saute aux yeux.

Pour ce pouvoir, les blessés sont des coupables potentiels, les médecins des proies désignées, et les hôpitaux des zones de traque. Cette pratique démonte les façades de légitimité et expose un système terrifié par la vérité, prêt à punir ceux qui préservent la vie.

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