Iran : arrestations d’infirmières pour avoir soigné les victimes de la répression de janvier

Après la répression sanglante des manifestations des 8 et 9 janvier, les autorités iraniennes ont lancé une série d’arrestations ciblant des infirmières dans plusieurs villes, dont Téhéran et Ispahan. Les médias d’État ont à peine évoqué ces faits, alors que des témoignages locaux indiquaient déjà que du personnel soignant avait été interpellé pour avoir traité des blessés des protestations. Aucune donnée officielle n’a été diffusée sur le nombre de détenus ni sur leur situation juridique, alimentant un flou inquiétant.

Mohammad Sharifi-Moghaddam, secrétaire général de la Maison des infirmières iraniennes, a révélé le 11 février, via l’agence Tosee Irani, que des arrestations avaient visé des soignantes dans diverses localités. Il a précisé ne disposer d’aucun chiffre exact, se basant uniquement sur les appels désespérés de leurs familles et collègues. Ces interpellations ont continué même après la fin des manifestations, comme en témoigne l’arrestation récente d’une infirmière à domicile, employée dans un centre de soins.

Le responsable s’inquiète de l’absence d’organisme officiel pour suivre ces cas. Les infirmières, déjà épuisées par des conditions de travail précaires, des pénuries chroniques et des difficultés économiques, se sentent lâchées par le ministère de la Santé et l’Ordre professionnel, qui n’ont publié aucun bilan clair. En première ligne lors de crises comme la pandémie de COVID-19, où beaucoup ont péri, elles ont aussi porté secours aux victimes des manifestations de janvier. Sharifi-Moghaddam rappelle que le devoir médical s’étend au-delà des murs des hôpitaux : quiconque blessé doit recevoir des soins immédiats, conformément à la loi de 2015 punissant le refus d’assistance en cas de danger vital.

Pourtant, ces professionnelles, agissant dans le respect de cette obligation légale et humanitaire, ont été emprisonnées. Cette incohérence choque : pourquoi punir celles qui accomplissent leur mission ? Les motifs invoqués par certaines sources pointent explicitement les soins prodigués à des manifestants blessés.

Ces arrestations interviennent dans le contexte d’une répression brutale menée par le Corps des gardiens de la révolution islamique les 8 et 9 janvier, causant des milliers de morts, blessés et détentions selon des rapports locaux. Les infirmières, confrontées directement aux victimes, sont devenues des témoins privilégiés de l’ampleur des violences. Leur incarcération apparaît comme une stratégie pour museler ces témoins oculaires et contrôler l’information.

L’opacité sur le nombre exact de détenues, leurs lieux de détention et les accusations potentielles renforce cette suspicion. Les familles restent dans l’angoisse, sans nouvelles officielles. Attaquer le personnel médical qui sauve des vies, au lieu d’enquêter sur les responsables de la répression, révèle une volonté évidente de cacher l’étendue des exactions et de bafouer les droits fondamentaux des soignants.

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