Le rôle déterminant des femmes iraniennes dans le soulèvement de janvier et la répression sexiste qui s’en est suivie marquent un tournant tragique. Le 8 mars, Journée internationale des femmes née des combats ouvriers du début du XXe siècle, sert de baromètre mondial pour jauger l’égalité, l’engagement politique, la justice et la dignité féminines. Au-delà d’un simple symbole, cette date impose aux gouvernements l’obligation d’éradiquer les inégalités systémiques et de protéger les droits essentiels de la moitié de l’humanité. Dans bien des nations, elle permet de célébrer les avancées des femmes dans la politique, la justice, l’économie et la sphère publique. En Iran, elle révèle un gouffre béant entre les standards internationaux des droits humains et un système juridique et politique qui, depuis 47 ans, ancre la haine des femmes dans ses fondements légaux et institutionnels. Aujourd’hui, au milieu de tensions militaires et sécuritaires explosives, le sort des femmes, surtout des détenues politiques, s’assombrit davantage, les privant dans les geôles de tout recours vital pour leur survie et leur santé.
Depuis l’avènement du régime clérical en 1979, l’infériorité imposée aux femmes s’est muée en pilier du droit. La Constitution et les textes législatifs invoquent les ‘droits des femmes’ tout en les subordonnant aux ‘règles islamiques’, ouvrant la porte à une discrimination enracinée. L’article 20 promet une égalité de protection sous la loi pour tous, ‘conformément aux critères islamiques’. L’article 21 oblige l’État à assurer ces droits ‘selon les critères islamiques’. Cette clause a justifié une cascade de mesures restrictives. Les femmes sont bannies des plus hautes fonctions : l’article 115 réserve la présidence aux ‘rejals’ religieux et politiques masculins ; l’article 163 lie les critères judiciaires à la jurisprudence islamique, et la loi de 1982 sur les juges limite ces postes aux hommes, reléguant les femmes à des rôles subalternes sans pouvoir décisionnel. Dans le cadre familial, l’article 1105 confère au mari la direction absolue du foyer ; l’article 1117 lui permet d’interdire à son épouse une activité professionnelle jugée néfaste ; l’article 1133 lui octroie le monopole du divorce ; l’article 1041 valide le mariage des filles de moins de 13 ans avec aval du tuteur et du juge ; l’article 907 double l’héritage des fils par rapport aux filles.
La violence est codifiée : l’article 147 du Code pénal fixe l’âge de la responsabilité criminelle des filles à 9 ans lunaires ; l’article 301 exempte le père ou l’aïeul paternel de la loi du talion ; l’article 550 évalue le diya d’une femme à la moitié de celui d’un homme ; l’article 638 punit le non-port du hijab par la prison ou des amendes. L’Iran n’a pas adhéré à la CEDAW, convention contre toute discrimination envers les femmes.
Les exécutions de femmes cristallisent cette brutalité judiciaire, en hausse fulgurante lors des crises. Depuis 2021, au moins 167 femmes ont été pendues, un record mondial : 18 en 2021, 15 en 2022, 26 en 2023, 34 en 2024, 65 en 2025. Déjà 9 en deux mois de 2026, confirmant une politique répressive ancrée.
Le soulèvement de janvier 2026 a mobilisé massivement les femmes, de tout âge et milieux, des écolières aux aînées, des villes aux campagnes, en première ligne des cortèges. Au moins 259 femmes ont péri sous les balles : Sonia Salehi-Rad, 34 ans, professeure à Shiraz ; Arezoo Abedi, 50 ans, mère à Isfahan ; Arnika Dabbagh, 15 ans de Gorgan ; Maedeh Moradi-Kia, 22 ans à Téhéran ; Zahra Bahlouli-Pour, 18 ans étudiante à Téhéran. Tirs ciblés sur des civils désarmés, balles réelles sur la foule : Amnesty International, UNICEF et experts de l’ONU alertent sur des arrestations, peines capitales et condamnations de mineurs, évoquant potentiellement des crimes contre l’humanité.
La répression a souvent visé spécifiquement les femmes. À Téhéran, Sara Ebrahimi (ou Darya), 46 ans, pourchassée, à terre et sans armes, a été rouée de coups mortels par des agents : coups de pieds à la tête, machette au crâne. Des faits similaires ont eu lieu à Shiraz, Mashhad, Karaj, Rasht. Des raids ont eu lieu dans les résidences universitaires féminines, avec des transferts vers des sites opaques : une tactique genrée.
Derrière les barreaux, la lutte perdure. Arrestations en masse et longues détentions visent à museler les manifestantes. Les grèves de la faim hebdomadaires contre les exécutions minent la santé des prisonnières. La sentence capitale contre Zahra Tabari, universitaire, a indigné Amnesty International et la rapporteuse de l’ONU Mai Sato. À Evin, Qarchak, Qezel Hesar, les détenues, isolées en pleine crise, manquent de tout face aux pénuries et aux violences.
Juridiquement, les tirs de balles réelles violent le droit à la vie du Pacte international sur les droits civils et politiques, ratifié par l’Iran. Les tortures et aveux extorqués bafouent l’interdiction absolue de la torture. Le harcèlement genré contredit l’égalité devant la loi. Les persécutions d’enfants heurtent la Convention des droits de l’enfant. Les responsabilités s’étendent aux commanditaires en cas d’attaque systématique contre les civils.
En Iran, le 8 mars honore le sacrifice des femmes pour leurs droits arrachés. La loi discriminatoire nourrit la répression sanglante. Il faut stopper les exécutions, libérer les manifestants, assurer des procès justes et punir les coupables.
