Révérend John John Pritchard, ancien archevêque d‘Oxford, et le révérend Adrian Newman, archevêque de Stephney, condamnent les violations des droits de l’homme en Iran

Le 20 janvier 2016, le révérend John Pritchard, ancien archevêque d‘Oxford, a donné un discours à Auvers-sur-Oise, dans le nord de Paris. Il a rencontré, avec le révérend Adrian Newman, archevêque de Stephney, Mme Maryam Radjavi, présidente élue du Conseil national de la Résistance iranienne.

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Révérend John Pritchard :

 

J’ai pris connaissance de cet évènement qui est dans nos cœurs, il y a six ou sept ans. C’était en 2009, après cette attaque terrible du camp Ashraf, qui a causé tellement de dommages. On m’a dit que des gens menaient une grève de la faim à Grosvenor Square à Londres, devant l’ambassade américaine.

Cela m’a étonné de voir que ces gens, si bons et gentils, menaient cette forme extrême de sacrifice de soi, se mettaient en danger et souffraient à cause des évènements en Irak. J’ai été très touché par ce que j’ai vu et ce que j’ai appris. J’étais heureusement dans une position qui me permettait d’en informer l’archevêque de Canterbury, qui était à l’époque Rowan Williams, et qui lui aussi, s’est impliqué pour cette cause à laquelle nous croyons. Ses déclarations publiques que j’ai rassemblées sont assez importantes.

Ainsi a commencé mon voyage pour essayer de comprendre ce que vous et vos frères et sœurs vivez. En tant que membre de la maison des Lords, ce que j’étais, je continuai à écrire aux ministres pour signer des lettres et des pétitions afin de faire partie de la campagne parlementaire au nom de ce qui était désormais le Camp Liberty et de tout ce qui s’y passait.

J’ai donc seulement été impliqué d’une manière infime ces six, sept dernières années et je ne mérite vraiment pas la qualité de votre accueil.

Madame Radjavi, je le pense sincèrement. Je vous suis très reconnaissant pour cet accueil chaleureux que je ne mérite pas.

Mais derrière le camp Liberty, bien sûr, il y a le plus gros problème de l’influence de l’Iran sur l’Irak.

Pourquoi y a-t-il eu sept attaques au lance-roquette sur le camp Ashraf, le camp Liberty, prenant autant de vies ? Pourquoi n’y a-t-il pas de protection pour les réfugiés, bien que celle-ci ait été accordée par l’UNHCR ?

Pourquoi les réfugiés n’ont-ils même pas le droit de reconstruire ou de nettoyer après les dernières attaques ? Qui sont les milices ? Les milices qui orchestrent et entreprennent ces attaques. Et de qui dépendent-elles ?

Eh bien, l’ombre de l’Iran plane bel et bien au-dessus de tout ceci. L’Iran semble être un régime où les droits de l’Homme sont terriblement négligés, où 2 000 personnes ont été exécutées sous la présidence d’Hassan Rohani. Où plus de mineures sont exécutés que dans n’importe quelle autre partie du monde. Où il est dangereux d’appartenir à une minorité religieuse, d’être journaliste, un activiste ou un membre de la famille d’un prisonnier politique.

Ou en fait, d’exprimer n’importe quelle forme d’opposition. Pourquoi en est-il ainsi ? Et désormais, nous assistons à l’accueil de l’Iran de nouveau sur la scène internationale à cause de ses promesses sur les armes nucléaires.

En tant que citoyen britannique, il me paraît essentiel que nous ne nous rapprochions pas de l’Iran sauf s’il y a un arrêt de ces exécutions horribles, de la torture, des attaques à l’acide contre les femmes et les filles, l’amputation des mains et des pieds, l’emprisonnement des opposants politiques et des minorités chrétiennes, etc. – une liste effroyable.

Je demande au gouvernement britannique d’être plus ferme dans la façon dont il traite avec le gouvernement iranien maintenant. Sinon, que signifierait la morale ? Les droits de l’Homme sont universaux, ils sont indivisibles et ils sont interdépendants. Nous ne pouvons pas les isoler.

Martin Luther King, le grand activiste pour les droits civiques aux États-Unis, a déclaré : « L’injustice quelque part est une menace pour la justice ailleurs. Ce qui affecte quelqu’un directement, affecte tout le monde indirectement. » En d’autres termes, les droits de l’Homme sont indivisibles.

Le Royaume-Uni et la communauté internationale doivent être à la hauteur des résolutions de novembre/décembre de l’Assemblée générale des Nations-Unies, qui a fortement condamné les violations flagrantes et systématiques des droits de l’Homme en Iran et qui a demandé la fin de tout ceci. C’est une bonne chose que le débat soit là et qu’il ait attiré l’attention internationale sur ce pour quoi vous vous êtes battue si longtemps.

J’ai lu les dix points de Madame Radjavi pour des bases démocratiques, non nucléaires et un suffrage universel en Iran. Ces dix points et cette loi, un pouvoir judiciaire indépendant, l’égalité des sexes et l’élimination de toute forme de discrimination. Comment ceci ne serait-il pas bien ? Bien sûr que cela l’est. Et le gouvernement britannique doit faire pression pour que ces mesures ne soient mises en œuvre et pas écartées à cause de l’accord sur le nucléaire.

Par ailleurs, quand est-il des pauvres habitants, les réfugiés du camp Liberty, qui ont peur d’une autre attaque, alors que ces soi-disant membres de la famille rentrent sur le territoire ? Et les véritables membres des familles sont eux persécutés et harcelés en Iran. Le gouvernement britannique en coopération avec les États-Unis et l’Union européenne doit faire quelque chose.

Premièrement, l’UNHCR doit déclarer le camp Liberty comme un camp de réfugiés à proprement dit, sous la surveillance des Nations-Unies et définir les résidents comme réfugiés politiques.

Deuxièmement, le gouvernement irakien doit relever de ses fonctions, du comité en charge de la sécurité du camp, toute personne qui a des liens connus avec l’Iran et ce régime.

Troisièmement, une délégation d’avocats et de parlementaires européens, américains et arabes doit être autorisée à se rendre dans le camp Liberty et faire leur propre rapport.

Quatrièmement, le Conseil de Sécurité des Nations-Unies doit effectuer une enquête indépendante sur ces sept attaques et juger les responsables.

Les textes sacrés chrétiens et juifs ont un Dieu qui est fermement attaché à la justice. Le prophète Michée a dit : « Que veut le Seigneur de plus que la justice, l’amour du pardon et de marcher humblement avec votre Dieu ? » Faire la justice, l’amour du pardon et marcher humblement au côté de votre Dieu. Notre but ne devrait être rien de moins.

Merci.

2016-01-24b

Révérend Adrian Newman :

Mes chers frères et sœurs, c’est un grand plaisir d’être ici avec vous aujourd’hui. Encore merci pour cet accueil chaleureux que nous avons reçu. Je suis très heureux d’être ici.

Nous voulons être là – l’évêque John et moi-même – pour vous soutenir et être solidaires avec vous dans la lutte que vous menez. Chaque croyance abrahamique est en accord avec le fait que Dieu est connu pour son amour, son expression de la paix et pour sa justice. L’amour, la paix et la justice. C’est ce pour quoi nous sommes tous assis dans cette pièce aujourd’hui.

Ce sont les qualités qui nous unissent. Et nous aspirons à voir ces valeurs dans nos sociétés et nos communautés. Et aussi les sociétés que nous portons dans nos cœurs si nous sommes loin de chez nous aujourd’hui.

Peu importe où nous voyons un déficit d’amour, de paix ou de justice, les chrétiens et les musulmans le dénonceront. Il n’y pas, bien sûr, d’endroit dans le monde où les Hommes sont au-dessus de ces valeurs universelles. Parfois, le poids de la violence et de l’inhumanité est accablant.

Et quand je dis ça, en regardant dans cette pièce, je peux voir que vous portez ce genre d’expérience, très personnelle, dans vos cœurs et dans votre histoire. Vous avez été touché par des tragédies comme nous ne l’avons jamais été. Et je veux donc vous saluer pour votre courage et pour votre volonté de poursuivre le combat pour la liberté et la justice dans cette situation.

Il est difficile de rester optimiste et de garder espoir. Comment avez-vous fait ? Je vous admire parce que vous avez gardé espoir et vous êtes resté optimiste. Vous n’avez pas cédé à votre souffrance et celle de votre peuple. Je suis toujours surpris de voir à quel point l’esprit humain peut défier l’oppression. La flamme de l’espoir ne s’éteint pas facilement.

Et j’aimerais rendre hommage à ceux qui ont montré une telle détermination à garder cette flamme de l’espoir pour ceux qui n’ont pas accès à la justice fondamentale. De parler pour ceux qui ont été réduits au silence. D’attirer l’attention de la communauté internationale pour ceux qui ont vu leurs droits et leur dignité bafouée jour après jour. L’action spécifique, autour de laquelle cinquante-deux évêques de l’Église anglicane anglaise se sont unis, et on le voit extrêmement bien ici sur vos murs.

L’action spécifique autour de laquelle nous nous sommes rassemblés est l’attaque du camp Liberty le 29 octobre dernier, pendant laquelle vingt-trois réfugiés iraniens ont été tués et beaucoup d’autres blessés. Et il est rare, je vous le dis aujourd’hui, il est extrêmement rare d’obtenir une réponse aussi large chez les évêques et je pense que cela montre à quel point nous avons été outrés que des civils innocents soient visés au mépris total de la notion de justice internationale. Ce n’était pas une zone de guerre. Rien ne l’a provoqué. Sous plusieurs aspects, le camp Liberty reste une énigme. C’est devenu, pour vous et beaucoup d’autres, le point d’un problème plus large qui est le droit des citoyens d’être en désaccord avec l’approche de leur pays pour créer une société florissante.

Voici une citation attribuée à Voltaire : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour défendre votre droit de le dire. » La manière dont les gens sont en désaccord est fondamentale pour le monde dans lequel nous voulons vivre, pour la nature du monde que nous voulons créer. Nous, dans l’Église anglicane, nous passons actuellement dans un processus très difficile dans lequel nous essayons de rester ensemble dans l’amour, alors que dans le monde, les chrétiens ont un point de vue très différent et opposé sur le sujet de la sexualité.

La façon dont nous passons ce processus en honorant les convictions de chacun pourrait être aussi importante que lorsque nous décidons comment nous faisons les choses quand il y a un désaccord. La plupart des croyances s’accorderont là-dessus – cela revient à nos valeurs centrales de l’amour, la paix et la justice. Les oppositions et les débats sont des éléments vitaux de ce territoire. Lorsque l’opposition est réprimée et que le débat est passé sous silence, nous avons tous un problème. C’est pour cette raison qu’il y a une telle consternation concernant l’emprisonnement des réfugiés iraniens du camp Liberty.

C’est pour cette raison qu’il y a cette inquiétude à propos des droits de l’Homme en Iran en ce moment, signalé avec tant de transparence dans la 62e résolution de l’ONU qui condamne les abus des droits de l’Homme en Iran. La suppression de voies alternatives est la marque qu’une société a peur de son avenir. Les communautés confiantes, matures autorisent le débat. Restreindre, réprimer et étouffer les discussions politiques est toujours une marque de peur et d’insécurité.

Ce n’est pas de mon ressort, vraiment, de demander au gouvernement iranien d’écouter quelqu’un comme moi. Mais j’aimerais qu’il écoute la voix de son propre peuple et, en fait, la voix de la communauté internationale.

Et je demande à mon gouvernement, au Royaume-Uni, et aux autres pays européens, de tenir compte de cela, notamment dans la semaine qui vient, lorsque la communauté internationale aura rouvert les routes du commerce grâce à l’accord passé en juillet dernier.

Le statut de réfugiés pour les habitants du camp Liberty doit être reconnu et respecté. Les attaques contre la vie et les biens doivent s’arrêter.

L’appel de la lutte pour les droits de l’Homme doit être entendu en Iran. Au nom de quoi avons-nous, évêques anglicans, le droit de demander ces choses ? Peut-être n’en avons-nous pas le droit du tout. Sauf que nous partageons ces racines abrahamiques fondamentales avec nos frères et sœurs musulmans.

L’amour, la paix et la justice. Ce sont les valeurs de la divinité. Ce sont les valeurs autour desquelles le divin et l’humain se touchent. Au sein même de la chrétienté. Au sein même de l’Islam. Au Royaume-Uni. En Iran. Et autour du monde.

Merci beaucoup.