Amirhossein Moradi, prisonnier politique iranien et brillant étudiant de l’Université Sharif de technologie, a publié une lettre bouleversante depuis la prison d’Evin. Dans ce texte, il rejette fermement la proposition de libération présentée sous le nom de « grâce », dénonçant une mise en scène destinée à détourner l’attention de la vague d’exécutions qui frappe actuellement les prisonniers politiques en Iran.
Alors que six prisonniers politiques ont récemment été exécutés, Amirhossein Moradi décrit cette politique comme une mécanique de répression et de terreur visant celles et ceux qui osent contester le pouvoir. Pour lui, parler de « pardon » au moment où les pendaisons se multiplient revient à masquer la violence systématique exercée contre le peuple iranien.
Une campagne contre la peine de mort qui continue malgré la répression
Ces dernières semaines, les autorités de la prison d’Evin auraient convoqué à plusieurs reprises Amirhossein Moradi afin de lui remettre une notification liée à une éventuelle libération sous condition de « grâce ». Le jeune prisonnier politique a refusé de se présenter.
Selon de nombreux défenseurs des droits humains, cette stratégie intervient dans un contexte de fortes pressions internationales face à l’augmentation des exécutions en Iran. Les autorités judiciaires chercheraient ainsi à améliorer leur image publique tout en poursuivant la répression contre les prisonniers politiques et les manifestants.
Les organisations de défense des droits humains soulignent qu’au même moment, de lourdes condamnations continuent d’être prononcées et que la machine des exécutions ne ralentit pas.
Le souvenir des prisonniers exécutés
Dans sa lettre, Amirhossein Moradi rend hommage à six prisonniers politiques exécutés : Vahid Bani Amerian, Mohammad Taghavi, Babak Alipour, Pouya Qobadi, Abolhassan Montazer et Akbar Daneshvar, qu’il considère comme ses amis.
Il évoque avec émotion leurs visages souriants lorsqu’ils ont été transférés de la prison d’Evin vers celle de Ghezel Hesar, tristement connue pour les nombreuses exécutions qui y sont pratiquées.
Pour de nombreux observateurs, ces mots traduisent la douleur profonde qui traverse aujourd’hui les prisonniers politiques iraniens. Derrière chaque exécution, il y a une famille brisée, des parents qui attendent, des vies suspendues à la peur permanente de perdre un proche.
Les exécutions récentes ont provoqué une vive émotion parmi les défenseurs des droits humains et alimenté une nouvelle vague de mobilisation contre la peine de mort en Iran.
Extrait de la lettre d’Amirhossein Moradi
« Les visages souriants de mes plus chers amis restent devant mes yeux. Jusqu’à leur dernier souffle, ils n’ont jamais cédé à l’humiliation ni à la soumission face à votre pouvoir.
Comme je l’ai déjà dit auparavant, je ne veux pas de votre grâce honteuse. Face aux massacres et aux exécutions criminelles récentes, c’est le peuple iranien opprimé qui sera un jour en position de juger.
Nous ne pardonnerons pas. Nous n’oublierons pas.
Jusqu’à la libération du peuple iranien, je ne chercherai pas ma propre liberté et je ne la mendierai pas auprès de vous. »
Une instrumentalisation du mot « grâce »
De nombreux militants estiment que la mise en avant médiatique de certaines libérations vise avant tout à détourner l’attention de l’augmentation dramatique des exécutions, notamment dans les dossiers politiques liés aux manifestations.
Pour les familles des prisonniers, ces annonces ne dissipent ni la peur ni l’angoisse. Tant que les condamnations à mort, la torture, les aveux forcés et les détentions arbitraires se poursuivent, aucune communication officielle ne peut masquer la réalité de la répression.
Qui est Amirhossein Moradi ?
Amirhossein Moradi est étudiant en physique à l’Université de technologie Sharif, l’une des institutions scientifiques les plus prestigieuses d’Iran. Lauréat d’une médaille d’argent aux Olympiades nationales d’astronomie, il a été arrêté le 10 avril 2020 avec Ali Younesi, étudiant en ingénierie informatique.
Les deux jeunes hommes auraient été arrêtés violemment par les services de renseignement, sans mandat judiciaire, avant d’être placés à l’isolement dans la section 209 de la prison d’Evin.
Après plus de 800 jours passés dans des cellules d’isolement et des quartiers fermés, ils ont été condamnés à de lourdes peines de prison.
Aujourd’hui encore, leur situation symbolise celle de toute une génération iranienne : une jeunesse brillante, engagée, réduite au silence par la terreur, les arrestations arbitraires et la menace permanente de la peine de mort.
Face à cette réalité, notre association réaffirme son opposition absolue à la peine de mort et appelle la communauté internationale à agir pour protéger les prisonniers politiques iraniens, soutenir leurs familles et exiger la fin des exécutions en Iran.
