En Iran, le massacre de 1988 demeure l’un des épisodes les plus sombres de la répression politique, marqué par l’exécution de milliers de prisonniers politiques après un ordre venu du sommet de l’État. Malgré l’ampleur des crimes, les auteurs présumés n’ont jamais été traduits en justice dans le pays, et l’impunité continue d’alimenter la colère des familles des victimes et des défenseurs des droits humains.
À la fin de l’été 1988 et au début de l’année suivante, des vagues d’exécutions ont visé principalement des prisonniers politiques, en particulier des sympathisants de l’opposition. Selon plusieurs organisations de défense des droits humains, ces mises à mort ont été menées de manière sommaire, extrajudiciaire et dans le plus grand secret, sur fond de directive émise par le guide suprême de l’époque. Le bilan exact reste difficile à établir, mais les estimations évoquent des milliers de morts dans de nombreuses villes du pays.
Les autorités iraniennes ont ensuite refusé de reconnaître l’ampleur des faits, de communiquer aux familles les circonstances des décès et de remettre les corps. Cette stratégie de déni a prolongé la souffrance des proches, privés de vérité comme de sépulture, et a empêché toute forme de deuil public.
Pendant des décennies, aucune enquête indépendante n’a été ouverte en Iran. Au contraire, plusieurs responsables liés aux événements de 1988 ont conservé ou retrouvé des fonctions importantes dans l’appareil d’État, renforçant le sentiment d’impunité. Pour les organisations de défense des droits humains, cette continuité du pouvoir explique en grande partie l’absence de reddition de comptes.
La justice n’a cependant pas été totalement absente à l’étranger. En Suède, un ancien responsable pénitentiaire iranien a été condamné à la prison à vie pour son rôle dans ces exécutions, une décision qui a rappelé que les crimes commis en 1988 peuvent encore faire l’objet de poursuites hors d’Iran. Mais pour les familles des victimes, cette avancée reste insuffisante tant qu’aucune responsabilité officielle n’est reconnue par les autorités iraniennes elles-mêmes.
Le massacre de 1988 reste ainsi un symbole durable des violations massives des droits humains en Iran : un crime d’État, une mémoire confisquée et une justice toujours repoussée.
