Iran : Un bourreau promu à la tête de la justice de Kerman, l’impunité institutionnalisée

La nomination de Dadkhoda Salari Manzari à la direction de l’appareil judiciaire de la province de Kerman, annoncée le 20 octobre 2026 par Gholam-Hossein Mohseni Eje’i, chef du pouvoir judiciaire, frappe par son mépris total pour la vie humaine et les libertés fondamentales. Ce magistrat traîne derrière lui deux décennies d’un bilan sanglant : exécutions de masse, mise à mort d’un mineur, répression féroce de la liberté d’expression, persécution systématique des bahaïs, violations de la vie privée et harcèlement judiciaire des familles de militants. Son élévation à ce poste stratégique, sans la moindre enquête indépendante sur ces allégations, consacre l’impunité comme règle de gouvernance dans la République islamique.

Une carrière bâtie sur la peine de mort

De la présidence du tribunal révolutionnaire de Kerman au parquet provincial, en passant par la direction générale de l’Inspection, Dadkhoda Salari a supervisé ou ordonné l’application à grande échelle de la peine capitale. Les dossiers documentés dressent un tableau accablant :

  • Février 2011 : exécution de quatre prisonniers : Akbar M., Zahir G., Saeed J. et Khodabakhsh A.
  • Mai 2014 : dix détenus pendus à la prison centrale de Kerman, identités tenues secrètes.
  • Septembre 2014 : cinq exécutions, dont Hossein Shahriari, Abbas Pourizdan-Panah, Hamid Mir, Mohammad Hosseini et une prisonnière anonyme.
  • Septembre 2014 : treize condamnations à mort prononcées contre huit accusés de la famille Atraqi et apparentés : Gholam Shiheki Atraqi et Hamzeh Aboureza Atraqi écopent chacun de trois peines capitales, Nourbakhsh Abouzar Atraqi de deux, les cinq autres d’une chacune. Une même personne ne pouvant être exécutée qu’une fois, ces sentences multiples relèvent de la pure intimidation symbolique.
  • Janvier 2015 : sept prisonniers exécutés dans l’opacité la plus totale sur leurs identités, leurs procès et leurs droits à la défense.
  • Décembre 2018 : exécution collective d’au moins douze détenus, parmi lesquels Abdolghani Qalandarzehi, Yaghoub Qalandarzehi, Jalil Khodabakhsh, Yousef Jalaleddin et deux prisonniers nommés Shahbakhsh.
  • Août 2021 : mise à mort de Nabi Nouti-Zehi et Ebrahim Ghanbarzehi.

Dans la quasi-totalité de ces affaires, nul accès à un avocat indépendant, nulle publicité des débats, nulle publication des verdicts, nul contrôle citoyen, nulle révision indépendante des preuves ou des aveux, souvent arrachés sous la contrainte. Ce déni systématique des garanties d’un procès équitable viole l’article 3 de la Déclaration universelle des droits de l’homme (droit à la vie, à la liberté, à la sûreté) et l’article 6 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), qui protège le droit inhérent à la vie. Le Comité des droits de l’homme de l’ONU le répète : tout vice grave de procédure dans une affaire capitale rend l’exécution arbitraire au regard du droit international.

Arman Bahr Asemani : l’exécution d’un enfant, crime imprescriptible

Le 16 janvier 2017 (27 dey 1395), Arman Bahr Asemani est pendu à la prison de Jiroft. Il avait 16 ans au moment des faits qui lui sont reprochés. Aux yeux du droit international, c’était un enfant. Son exécution constitue une violation flagrante de l’article 6(5) du PIDCP — interdiction absolue de la peine de mort pour infractions commises avant 18 ans — et de l’article 37 de la Convention relative aux droits de l’enfant (CDE), qui prohibe peine capitale et réclusion à vie sans libération pour les mineurs. Aucune exception, pas même le refus de pardon de la famille de la victime, ne saurait exonérer l’État de ses obligations. Juges, procureurs, bourreaux : tous portent la responsabilité de ce crime contre les droits de l’enfant.

La liberté d’expression muselée par le droit pénal

Sous l’autorité de Dadkhoda Salari comme procureur de Kerman, administrateurs de chaînes Telegram, internautes, journalistes citoyens ont été arrêtés, poursuivis, incarcérés pour avoir relayé des appels à manifester, couvert des rassemblements, critiqué le pouvoir. Qualifier l’exercice pacifique du droit à l’information de « menace à la sécurité nationale » et brandir le code pénal contre la parole libre a pour seul but d’asphyxier l’espace civique. Cela bafoue l’article 19 de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme et l’article 19 du PIDCP : liberté d’opinion, d’expression, de chercher, recevoir, diffuser des informations par tous moyens. Toute restriction doit être prévue par la loi, nécessaire, proportionnée, poursuivant un but légitime. Ici, la répression frappe des actes purement pacifiques d’information du public.

Persécution des bahaïs : la discrimination comme politique d’État

La communauté bahaïe de Kerman subit depuis des années une machine judiciaire et administrative vouée à l’étouffement : dix-sept commerces mis sous scellés, interdiction d’activités économiques, fermeture du cimetière Golestan-e Javid, entraves aux rites funéraires, poursuites et peines de prison pour la seule pratique de leur foi. Ces mesures violent l’article 18 de la Déclaration universelle et du PIDCP (liberté de pensée, conscience, religion), l’article 2 de la Déclaration universelle (non-discrimination), l’article 26 du PIDCP (égalité devant la loi). Priver de gagne-pain, empêcher d’enterrer ses morts, jeter en prison pour ses croyances : voilà ce que la justice de Kerman inflige aux bahaïs sous le couvert de la loi.

Vie privée piétinée, sphère intime criminalisée

Septembre 2016 : le parquet annonce l’arrestation de 34 personnes lors d’une réunion privée, saisie du domicile, confiscation des véhicules. Chef d’accusation : leurs choix de vie, leur conduite personnelle. L’article 12 de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme et l’article 17 du PIDCP interdisent toute ingérence arbitraire dans la vie privée, la famille, le domicile, la correspondance. Transformer le parquet en police des mœurs, confondre vie privée et délit, c’est nier l’autonomie de la personne et ouvrir la porte à tous les abus.

Familles de militants : les représailles par procuration

Parvin Mokhtare, mère de Kouhyar Goudarzi, militant étudiant, ancien prisonnier politique, a été condamnée à 23 mois de prison par le tribunal révolutionnaire de Kerman. Cibler les proches de ceux qui réclament justice, dénoncent la répression, osent parler : une tactique délibérée pour briser les réseaux de soutien, faire taire les témoins, instaurer la peur. Cela viole l’article 19 du PIDCP (liberté d’expression) et l’article 17 (protection de la vie familiale contre les ingérences arbitraires).

L’impunité promue au rang de doctrine

Le parcours de Dadkhoda Salari Manzari révèle un schéma cohérent, répété, assumé : mépris du droit à la vie, violation des droits de l’enfant, étouffement de la parole libre, discrimination religieuse, intrusion dans l’intime, harcèlement des familles. Sa nomination à la tête de la justice provinciale, sans audit indépendant, sans reddition de comptes, sans la moindre sanction, envoie un message clair : dans la République islamique, les architectes de la répression sont récompensés. La communauté internationale, les mécanismes onusiens, les défenseurs des droits humains doivent exiger des comptes. L’impunité ne saurait devenir la norme. La dignité du peuple iranien exige justice, vérité et réparation.

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