Erfan Esfandiari, 18 ans, et Gol-Mohammad Mohammadi, ressortissant afghan d’une vingtaine d’années, ont été pendus dimanche 19 juillet à la prison centrale d’Ispahan. Leur exécution porte à au moins 23 le nombre de manifestants mis à mort en lien avec le soulèvement de janvier 2026. Dix autres jeunes hommes, âgés de 18 à 27 ans, condamnés dans le même dossier, sont menacés d’une exécution imminente.
Dimanche matin, alors que la ville s’éveillait, deux jeunes hommes ont été conduits à la potence dans l’enceinte de la prison de Dastgerd, à Ispahan. Erfan Esfandiari venait d’avoir dix-huit ans. Gol-Mohammad Mohammadi, venu d’Afghanistan, en avait à peine plus. Tous deux avaient été arrêtés à la suite des manifestations du 8 janvier sur la place Alikhani, dans le centre de la ville.
Les autorités les accusaient d’avoir participé à la mort de quatre membres des forces de sécurité, ainsi que d’incendies et de dégradations. Ils ont été condamnés pour « guerre contre Dieu » et « corruption sur terre », des chefs d’accusation passibles de la peine capitale, au terme d’une procédure dont les organisations de défense des droits humains dénoncent l’opacité : procès expéditif, absence d’avocats librement choisis, familles réduites au silence par les menaces.
Un dossier collectif, dix vies suspendues
Le dossier dit de la « place Alikhani » ne se referme pas avec ces deux exécutions. Dix autres jeunes hommes, âgés de 18 à 27 ans, y ont été condamnés à mort sur les mêmes charges. La veille des pendaisons, les douze condamnés ont été extraits du quartier commun de la prison sous le prétexte d’un rendez-vous avec le juge. Deux d’entre eux ne sont jamais revenus.
Face à cette disparition soudaine, leurs codétenus ont entamé un mouvement de grève pour exiger des informations sur le sort de leurs camarades, un geste de solidarité rare et risqué derrière les murs d’une prison iranienne. Les organisations de défense des droits humains estiment que les dix condamnés restants sont désormais en danger d’exécution imminente et appellent la communauté internationale à intervenir sans délai.
Une machine qui s’accélère
Depuis le mois de mars, au moins 23 manifestants du soulèvement de janvier 2026 ont été exécutés. Selon les estimations des observateurs, des centaines de prisonniers politiques font actuellement face à des accusations passibles de la peine de mort, et une centaine d’entre eux auraient déjà été condamnés. Les défenseurs des droits humains alertent sur un risque d’intensification des exécutions à la faveur du contexte de guerre, et demandent que l’instauration d’un moratoire immédiat sur la peine capitale devienne une condition centrale de tout dialogue avec Téhéran.
Derrière ces chiffres, il y a des familles à qui l’on interdit jusqu’au deuil public, des mères qui attendent devant les portes des prisons, des proches sommés de se taire. Et il y a une génération qui, malgré le prix à payer, continue de réclamer sa dignité.
Ce qui ne s’éteint pas
Car c’est peut-être là l’autre visage de cette tragédie : la répression, aussi féroce soit-elle, ne parvient pas à éteindre ce qu’elle vise. La grève des détenus d’Ispahan, la persistance des mobilisations, le courage des familles qui témoignent malgré les menaces disent une chose simple, on n’exécute pas une aspiration à la liberté.
En persan, l’espérance se dit omid. Pour beaucoup, en Iran, elle n’est pas un sentiment mais une pratique quotidienne, une forme de résistance. Faire connaître ces noms, Erfan, Gol-Mohammad, et ceux qui attendent encore : Shervin, Alireza, Abolfazl, Ghaem, Ali, Amirhossein et les autres, c’est refuser que le silence achève ce que les potences ont commencé.
