Après la fin des hostilités opposant les États-Unis, Israël et l’Iran, une recrudescence d’exécutions de détenus politiques ravive l’ombre des tueries massives de 1988, révélant une tactique récurrente du régime.
Ce phénomène, loin d’être isolé, rappelle en effet les événements d’août 1988. À peine le cessez-le-feu avec l’Irak entériné par l’ONU, des milliers de prisonniers politiques ont été liquidés lors d’audiences expéditives. Les responsables avaient invoqué une offensive de l’Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI) pour justifier ces atrocités.
Les exécutions actuelles, sans provocation extérieure similaire, contredisent cette version. Elles indiquent plutôt une méthode préventive déployée en périodes de fragilité intérieure, une fois les tensions extérieures apaisées et les risques de contestation domestique accrus. Un commentaire publié le 7 juillet par l’agence Fars, proche des Gardiens de la révolution, titrait sans ambages : « Pourquoi il faut répéter les exécutions de 1988 », qualifiant l’opération passée de « succès historique » et prônant son retour dans le contexte présent.
Depuis la trêve récente, le rythme des mises à mort s’est intensifié, visant surtout des accusés de liens avec l’OMPI ou de participation aux émeutes de janvier 2026. Les 30 et 31 mars, à la prison de Ghezel Hesar, quatre opposants – Akbar Daneshvarkar, Mohammad Taghavi, Babak Alipour et Pouya Ghobadi – ont été pendus pour « affiliation à des groupes hostiles » ou « rébellion armée ». Leurs procès, entachés d’irrégularités, reposaient sur des confessions arrachées sous la torture et des isolements prolongés.
Le 19 mars, à Qom, trois manifestants – Saleh Mohammadi, Mehdi Ghasemi et Saeed Davoudi – ont subi une exécution publique pour avoir défié les forces de l’ordre lors du soulèvement hivernal. Leur pendaison, juste avant Nowruz et l’Aïd al-Fitr, visait manifestement à terroriser la population et à étouffer toute velléité de révolte.
En avril, le 20, Hamed Validi et Nima Shahi ont suivi le même chemin, condamnés pour espionnage et fabrication d’armes – allégations montées de toutes pièces, après des semaines de sévices. Ces affaires dessinent une politique unifiée, plus qu’une série d’actes judiciaires sporadiques. Leur cadence et leur synchronisation traduisent une volonté de consolidation du pouvoir face aux séquelles d’un conflit extérieur et d’agitations internes. Comme en 1988, le régime affronte une conjonction de crises : épuisement post-guerre, instabilité politique et menace d’opposition accrue. La parade reste identique : éradication des opposants.
Les tueries récentes discréditent d’ailleurs la défense historique du régime pour 1988. Sans menace militaire tangible aujourd’hui, elles confirment un objectif purement domestique : écraser toute forme de résistance.
La torture et les aveux extorqués imprègnent ces procédures, comme en témoigne la mort en cellule d’Abbas Yavari, officiellement un suicide mais vraisemblablement due à des brutalités extrêmes. Dans tous ces dossiers, l’absence d’avocats indépendants et les audiences secrètes soulignent un usage politique de la peine capitale.
Si ces exécutions cherchent à semer la terreur, elles risquent de galvaniser l’opposition. Elles forgent des figures de martyrs, surtout chez les jeunes liés aux récentes protestations, alimentant un ressentiment profond nourri par la misère économique, l’oppression et les brimades sociales. Ce fut le cas après 1988, et le même schéma se reproduit.
Cette flambée post-guerre n’est pas une simple récidive : elle dévoile la stratégie viscérale du régime. Face à l’instabilité intérieure, il recourt à la violence létale pour perdurer. Loin de projeter une puissance inébranlable, ce recours trahit une faiblesse criante, où la dissidence interne prime sur toute autre menace. L’histoire enseigne que de telles mesures musèlent provisoirement, sans jamais extirper les racines de la révolte.
