Le samedi 6 juin 2026, des milliers de lycéens iraniens ont manifesté dans plus de vingt villes du pays pour dénoncer l’intégration obligatoire des notes du lycée dans le concours national d’entrée à l’université, le Konkur. Cette mobilisation d’ampleur nationale, qui s’est étendue de Téhéran à Machhad, traduit un profond rejet d’une politique éducative jugée inéquitable et porteuse de graves conséquences pour l’avenir de la jeunesse.
Les rassemblements ont gagné de nombreuses régions du pays, notamment Téhéran, Ispahan, Karaj, Arak, Sari, Racht et plusieurs localités de la province du Guilan, ainsi que Machhad, Birjand, Bojnourd, Kermanchah, Khorramabad, Chiraz, Yasouj et Tabriz.
La tension a particulièrement monté à Machhad, où des manifestants se sont d’abord regroupés devant le département de l’Éducation avant de poursuivre leur action dans la cour du bâtiment. Selon plusieurs témoignages, les autorités auraient ensuite fermé les grilles de sortie, empêchant les élèves de quitter les lieux. Une forte présence des forces spéciales et des services de sécurité a été signalée, et plusieurs lycéens auraient été arrêtés.
Malgré ce durcissement, les organisateurs ont affirmé leur intention de poursuivre la grève jusqu’à satisfaction de leurs revendications. Les manifestants demandent l’abrogation immédiate des directives actuelles, estimant que la justice dans l’éducation ne peut pas être garantie par de simples circulaires administratives.
Sur les pancartes et dans les cortèges, les slogans exprimaient à la fois la colère sociale et la détermination des élèves :
« Étudiants, criez ! Réclamez vos droits ! »
« Responsables incompétents : démission, démission ! »
« N’ayez pas peur, nous sommes tous ensemble ! »
« La justice et l’éducation sont nos droits fondamentaux. »
« Nous avons entendu beaucoup de promesses, mais n’avons vu aucune justice. »
« Si notre problème n’est pas résolu, nous nous rassemblerons tous les jours. »
« Les étudiants mourront mais n’accepteront pas l’humiliation. »
Au cœur de cette crise figure une colère plus ancienne contre le système éducatif iranien. Le principal point de rupture est la place accordée à la moyenne générale dans le calcul du Konkur. Les lycéens dénoncent une règle qu’ils considèrent profondément injuste, en raison des écarts marqués de qualité d’enseignement et de notation entre les régions.
Ils critiquent aussi l’instabilité des politiques éducatives, modifiées fréquemment et sans prévisibilité, ce qui alimente l’incertitude et empêche toute projection sereine dans les études supérieures. Pour beaucoup, ces réformes favorisent les familles aisées, capables de financer des cours particuliers et des établissements privés réputés, tandis que les élèves issus de milieux modestes voient leurs chances de mobilité sociale se réduire.
À cette inégalité s’ajoute une anxiété croissante face à l’avenir. Dans un contexte de débouchés professionnels limités, les jeunes perçoivent ces exigences changeantes comme une menace directe pour leur avenir universitaire et professionnel.
Ce qui avait commencé comme une contestation ciblée contre une directive éducative s’est ainsi transformé en remise en cause plus large du statu quo. Pour cette génération, la mobilisation dépasse la seule question des examens : elle incarne une demande de comptes adressée à un pouvoir accusé d’avoir multiplié les promesses sans répondre aux attentes des jeunes.
