Iran : étudiants et infirmières se dressent contre la répression et l’injustice sociale

Le 2 juin 2026, plusieurs villes iraniennes ont été le théâtre de nouvelles mobilisations, notamment à Téhéran, Machhad et Hamadan. Des étudiants sont descendus dans la rue pour dénoncer des réformes jugées discriminatoires dans le système éducatif, tandis qu’à Yazd, des infirmières ont manifesté contre leurs conditions de vie et de travail jugées indignes. Ces protestations traduisent le ras-le-bol d’une jeunesse qui rejette les promesses sans suite, dans un pays frappé par une crise économique profonde et un durcissement de la répression universitaire.

À Téhéran, les étudiants se sont rassemblés devant le ministère de l’Éducation avant de marcher vers le Conseil supérieur de la Révolution culturelle. Leur colère visait les récentes modifications du règlement de l’examen national d’entrée à l’université, ainsi que les changements apportés aux dossiers académiques et au calcul de la moyenne générale. Les manifestants ont prévenu qu’ils poursuivraient leur mouvement tant qu’aucune réponse claire ne serait apportée à leurs demandes.

Des lycéennes et des étudiants ont lancé des slogans hostiles à la discrimination et au mépris dont ils sont victimes. Plusieurs participants ont affirmé qu’ils n’abandonneraient pas sans résultat, estimant que cette génération ne se contentera plus de discours répétitifs et ira jusqu’au bout pour faire valoir ses droits.

Dans les universités de la capitale, la pression s’est encore intensifiée. Des étudiants ont fait état d’une nouvelle série de convocations, de dossiers disciplinaires montés de toutes pièces et de suspensions, selon le quotidien Shargh. D’après des témoignages relayés par la presse, quelques jours seulement après la réouverture des établissements au début de l’année 2026, après deux mois de fermeture, des étudiants ont reçu des appels et des messages les informant de l’ouverture de procédures disciplinaires à leur encontre. Après une nouvelle interruption de trois mois liée à la guerre, les poursuites ont repris en juin.

Les sanctions rapportées dans plusieurs grandes universités sont lourdes. À l’université de technologie de Sharif, sept étudiants auraient été expulsés et plus de vingt autres suspendus pour une durée allant d’un à trois semestres. À l’Université Melli, entre 20 et 25 comptes étudiants auraient été désactivés, bloquant tout accès aux services universitaires. À l’Université des sciences et technologies de l’Iran, plus de cent dossiers disciplinaires auraient été ouverts. À l’Université de Téhéran, entre 150 et 200 étudiants seraient contraints de rédiger des déclarations de défense.

Une étudiante de l’Université de Téhéran, prénommée Sara, a décrit des méthodes de pression fondées sur la peur et le chantage. Selon son témoignage, les appels reçus ne seraient que des menaces destinées à exploiter les fragilités personnelles des étudiants, avec des avertissements sur un possible blocage de leur parcours ou un accès interdit au campus. Elle affirme qu’un étudiant major de promotion a même été menacé de ne plus pouvoir remettre les pieds à l’université s’il refusait de coopérer. Le ministère des Sciences n’a, pour l’instant, pas réagi publiquement.

À Yazd, la colère des infirmières s’est exprimée le 29 mai devant le siège du gouvernorat. Très majoritairement des femmes, les manifestantes ont dénoncé le non-paiement de leurs arriérés liés aux tarifs de soins et de leurs heures supplémentaires depuis environ six mois. Une infirmière gréviste a expliqué que la majorité du personnel soignant vit désormais sous le seuil de pauvreté, tout en soulignant que la charge réelle du système de santé repose sur les infirmières, sans que leur rémunération ne reflète leur rôle.

Cette mobilisation s’inscrit dans un contexte de crise économique aiguë. Un militant syndical a indiqué que, dans des villes comme Téhéran, le seuil de pauvreté relative a dépassé 60 millions de tomans, alors que le salaire moyen des travailleurs, des fonctionnaires et des retraités reste autour de 17 millions de tomans. Ce décalage alimente une colère sociale de plus en plus visible dans le pays.

Le concours national occupe une place centrale dans cette contestation. Cette épreuve, extrêmement sélective, conditionne l’accès aux universités publiques iraniennes et constitue souvent, pour les jeunes, la principale voie d’ascension sociale dans un contexte de chômage élevé. Mais les étudiants accusent désormais les autorités d’en faire un instrument de contrôle politique, en imposant des règles qui favorisent les proches du pouvoir et pénalisent les voix critiques. Ces changements ajoutent une forme de discrimination institutionnalisée à une situation déjà marquée par l’exclusion et la répression.

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